CES AMES QUI NOUS DEVANCENT  TROP TOT,
ET QUE NOUS NE REVERRONS  PEUT-ETRE  UN JOUR

l’année 2020  aura été la  plus funeste de l’histoire mondiale contemporaine. C’est chaque jour que nous perdons un être cher, un ami ou un parent, un allié  etc…. Pour les six premiers mois de l’année 2020, Nous avons perdu plusieurs médecins, et infirmières, des pasteurs,des collègues de tout bord que rien ne laissait prévoir qu’ils allaient mourir si prématurément….

Nous avons l’impression que, petit- à- petit, notre environnement s’éclaircit, et que la maladie est en train de décimer notre rang. Nous sommes mortellement blessés par les flèches de l’ennemi qui nous atteignent de tous  cotés…

La mort , c’est dirait-on ,ce  parcours de carnaval où allégrement, on avance au rythme de la musique  ignorant les égouts profonds à ciel ouvert  qui jonchent le trajet   jusqu’à ce  qu’on finisse par y tomber soi-même.

A force de voir mourir des gens qui n’avaient jamais conjugué dans leur vocabulaire l’envie de  mourir, je me suis demandé récemment qu’elles devaient être  les dernières pensées   du trépassé au moment de quitter  cette vie ?….quels souvenirs gardent-ils de nous autres au moment de nous précéder  dans la mort ?

En même temps que tout sujet  de vie ou de mort peut se rapporter directement à une  affaire existentielle, force est de remarquer que la réponse n’est que  partiellement trouvée dans cette quête du sublime ou du néant, du tout ou rien ,dont la mort est souvent le point de repère.

Apres leur mort, plus précisément aux tout premiers jours de leur départ, nous rêvons souvent de nos  défunts,  et nous tendons à croire qu’ils viennent nous délivrer des messages de l’autre bord.

Nous cherchons à leur prêter une âme, une vie extraterrestre jusqu’à ce qu’ils soient basculés entièrement dans notre subconscient, et  qu’ils s’évanouissent de notre mémoire.

Dans l’éventualité d’une vie dans l’au-delà, on se demande comment mènent-ils leurs affaires  ou bien  gèrent ils leur existence après avoir quitté cette terre ?? J’ai regardé  la photo de mon frère  défunt avec  qui j’ai partagé  bien des souvenirs du vivant de ce dernier .Je le sais incapable  d’exprimer aujourd’hui tout ce qu’il ressentait  autrefois ;mais devant sa photo  bée, imperturbable, qui cache tant de souvenirs de notre passé , il m’arrive de penser combien il serait beau de  garder tant soit peu, une  parcelle de l’incorruptible  qui sied en nous ,de pouvoir  emporter dans l’au-delà, un peu de notre mémoire d’ici-bas  pour des rencontres futures, joyeuses, amicales et fraternelles.. Devant tant de symbole du vivant de quelqu’un, j’ai toujours  éprouvé ce sentiment d’impuissance face à la mort et à l’écoulement universelle des choses humaines.. .j’ai toujours eu cette tristesse  de ressentir  que nous sommes  sujets  au même sort final et qu’un jour, tôt ou tard, nous prendrons la voie du non retour et rejoindrons à tout jamais ceux –la qui nous ont devancés.. Nous avons aussi ce sentiment d’être joué un vilain tour par l’existence puisque c’est au moment où nous avons le plus grand désir de vivre, où nous commençons à  être confortables dans nos rapports avec les autres, que la mort vient nous faucher. La pensée de ne plus exister ou  de  mourir un jour est une idée que  nous renvoyons toujours à plus tard et la mort a toujours un effet de surprise tellement  on refuse à s’y  faire prêt. Et de nous demander à quoi sert cette vie, s’il faut que nous ne gardions aucun souvenir du temps présent et que tout finisse avec la mort. Qu’on le veuille ou non, le christianisme reste le seul espoir d’une vie après la mort ; mais on a bien  envie de se demander parfois si cette promesse est réelle , tellement elle met du temps à se matérialiser. Malheureusement que  dans le monde des trépassés  tout est de la spéculation et rien n’est certain… Nous aurions bien aimé que quelqu’un vienne nous tendre la main au moment de la traversée de la vallée de  l’ombre et de la mort, et nous montre la voie à suivre.  Mais  là  encore, c’est de la pure illusion. Pas de tableau d’affichage ou de bill board pour dire si le voyage a été fait en douceur ou non…Alors  nous continuons à offrir le peu que nous pouvons.,  à  entretenir  ce type de  rapport à sens unique où  une gerbe de fleurs sur la tombe du défunt soulage bien plus notre conscience et nous donne l’impression de n’avoir pas oublié nos chers disparus.

Nous nous souvenons de temps à autre des actes  qu’ils ont posés, des gestes qu’ils faisaient autrefois ou des nourritures qu’ils aimaient. Nous reprendrons même certaines fois  la  route qu’ils ont  empruntée, cherchant au détour d’un chemin, les arrêts qu’ils ont effectués  ou dans un habit abandonné quelque part dans la maison, le parfum de leur corps..Mais tout cela disparaitra  un jour, lorsque nos petits enfants ne parleront plus de nos  parents  à nous, et que leur mémoire commence a s’enliser, Aussi longtemps que nous sommes en vie, il nous faut nous efforcer d’être les dépositaires de la mémoire de nos parents et allies et maintenir ainsi cette chaine de solidarité qui relie  les générations les unes aux autres. Nous nous inspirerons ainsi de leurs cendres pour guider nos vies et nos actions.. Disons enfin pour finir que bien vivre c’est bien mourir, c’est faire en sorte qu’au jour du grand départ, la mort soit un voyage  préparé de longue date, avec tout au menu, et rien de négligé. Si possible, avoir  assez de temps pour saluer les amis et leur dire au revoir ,et surtout comprendre  que la mort et la vie sont  indissociables l’un de l’autre et que chaque instant de la vie est un pas vers la mort…

 

Rony Jean-Mary,M.D.
CORAL SPRINGS FLORIDA,
LE 30 AOUT 2020

 

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